AVERTISSEMENT et PRÉFACE

Publié le par lafitte

Cette grammaire parue en 1944, rééditée en 1962, se trouvant épuisée, la société ElGAR et l'association IKas ont pensée à la réimprimer pour satisfaire und (sic) grand nombre de clients, qui le réclament.

A mon avis, dans son état actuel, cet ouvrage n'est pas à jour: notamment, le vocabulaire linguistique est à retoucher, l'emploi de "h" également d'aprés les lois de l'Académie de la langue basque, et même bien des détails seraient à preciser.

Cela sera fait dans une nouvelle grammaire basque à laquelle m'associent messieurs Haritschelhar et Allières, en particulier pour la partie syntaxique.

La société ELGAR et l'association IKAS photocopie simplemet l'édition de 1962 sans corrections, en y ajoutant deux chapitres, l'un relatif à l'aspect et l'autre concernant la proposition exclamative. Ils pensent que les linguistes seront capables d'en tirer profit, en faisant eux-mêmes les transpositions de vocabulaire.

La nouvelle grammaire ne paraîtra pas avant 1980. Entre temps nous souhaitons, que le vieil ouvrage rende service aux chercheurs, qui aiment notre cher euskara.

Ustaritz le 6 novembre 1978

Pierre Lafitte


PRÉFACE

Jadis on définissait la grammaire "l'art de parler et d'écrire correctement"; le livre du même nom était considéré comme un recueil de règles absolues dont l'application permît de passer pour un homme instruit et "possédant sa langue".

Des savants plus modernes ont une autre conception de la grammaire.
A les entendre, elle est la "science du langage"; son rôle n'est pas de dire comment il faut parler, mais comment on parle: elle collectionne indistinctement tous les faits (formes ou expressions) et tâche de les expliquer par l'histoire, la géographie, la logique, l'analogie, la sémantique, la phonétique, la psychologie sociale ou individuelle; elle note des constantes et des variables, mais se refuse à prendre parti entre les contradictoires : choisir, légiférer, n'est-ce pas influer arbitrairement sur l'évolution ultérieure d'une langue? n'est-ce pas quitter le terrain scientifique et passer à l'action culturelle, à l'éducation d'un peuple?


Disons tout de suite que nous avons la plus haute estime pour les grammairiens contemplatifs: c'est eux qui fournissent aux autres les matériaux les plus précieux et peuvent leur donner par surcroît un esprit plus large et plus souple.

Mais il est certain que le lecteur demande en général à une grammaire sinon des lois strictes, du moins de réelles directives; il n'y cherche pas l'explication dernière de tous les éléments grammaticaux, mais seulement les explications qui peuvent l'aider à mieux s'en servir.
Peu de théorie, beaucoup de pratique, telle est sa devise, et, en la faisant nôtre, nous ne croyons pas trahir mais sauver la science; car comme dit Bossuet, "malheur à la science qui ne tourne pas à aimer" ; aimer les Basques, c'est vouloir leur être utile ; aimer le basque, c'est chercher à donner conscience à ceux qui le parlent des principales richesses qu'il contient et dont ils ne songent pas assez à faire usage pour mieux se comprendre et se faire comprendre.

Ici se dresse une énorme difficulté. Nous avons intitulé ce livre "Grammaire basque". Or le basque n'est pas une langue unifiée, mais une ensemble de dialectes et de sous-dialectes, qui d'ailleurs se compénètrent inextricablement; les limites sont dificiles à déterminer, sauf si on se place à un point de vue très particulier, comme par example la conjugaison...

Certains auteurs ont songé à unifier le basque par révolution, d'autres par évolution.
Nous pensons, d'une part, aux travaux de jeunesse de l'abbé Azkue et à l'Ensayo du R. P. Soloeta-Dima, qui tendaient à créer de toutes pièces des éléments grammaticaux, comme on fait pour l'esperanto ou le volapük; et nous rêvons, d'autre part, aux divers projets de la défunte Académie basque, qui délibérait avec sagesse, mais légiférait dans le désert: peut-être allait-elle trop vite en besogne, pour notre région du moins, en prenant le guipuzcoan comme base immédiate du basque littéraire.

Il existe chez nous un mouvement naturel vers un basque meilleur que le basque dialectal: il se révèle surtout dans la langue écrite et la prédication.
L'idéal, dans les arrondissements de Bayonne et de Mauléon, exception faite de la Soule, c'est d'avoir une morphologie d'allure labourdine et non contracte, des constructions claires, concises, qui ne sentent pas le français;
c'est d'être assez maître du verbe pour s'en passer, quand c'est possible, ou n'en mettre en oeuvre que les formes nominales, quitte à ne pas escamoter, si elle est utile, une forme personnelle même très complexe:
pour ce qui est du vocabulaire, le bon styliste est abondant, mais évite avec autant de soin les néologismes vulgaires empruntés aux langues romanes que les néologismes compliqués de certains puristes immodérés.

On pourrait concevoir un autre idéal, par exemple de centrer la grammaire sur le bas-navarrais.
Mais nous constatons un fait: le labourdin passe pour plus littéraire que les autres dialectes.
Cela s'explique surtout par l'histoire de la littérature basque.
Celle-ci, dans les Basses-Pyrénées, a été rédigée presque exclusivement en labourdin aux XVIIe,  XVIIIe, XIXe, siècles; étant donné le préjugé selon lequel bien parler c'est "parler comme un livre", quand les Bas-Navarrais et même quelques Souletins se sont mis à écrire, ils ont pris les vieux auteurs comme modèles et ont "labourdinisé" avec entrain.
La tradition continue, d'ailleurs, imperturbable.

Mais d'une façon plus ou moins inconsciente,
les nouveaux écrivains ont, depuis soixante ans, dans le cadre d'une morphologie à peu près labourdine, introduit de nombreux éléments navarrais et même des vestiges de souletin.
Aussi la lecture du journal Eskualduna, de la revue Gure Herria, ou des oeuvres de Abbadie, Barbier, Etchepare, Apestéguy, etc., révèle-t-elle la naissance d'une langue littéraire commune à presque tout le Pays Basque continental et que l'on pourrait appeler "néo-labourdine", ou plus précisément "navarro-labourdine".

C'est cette langue que nous étudions dans cette grammaire, avec le désir avoué de travailler à une certaine unité d'écriture  chez les dirigeants de la pensée euskarienne de ce côté-ci des Pyrénées, et avec l'espoir que cette unité ne sera qu'une étape sur le chemin d'une plus large unité des dialectes basques. Nous ne voulons d'ailleurs nous placer que sur un terrein strictement littéraire: nous savons bien que dans la conversation courante les parlers locaux seront toujours en honneur et que leur évolution aura à l'avenir comme par le passé une influence importante sur celle de la littérature.
Il ne s'agit point pour le grammarien de tarir les sources, mais d'en bien utiliser les eaux salutaires.

Aprés avoir expliqué le titre de cet ouvrage, il est peut-être bon d'en signaler trois caractéristiques.

Notre travail s'adresse à des lecteurs cultivés connaissant bien la langue française: on s'en apercevra très particulièrement quand nous parlerons de l'article, des temps et des modes. C'est que nous avons pensé le basque en fonction du français.

Notre plan démontrera que nous l'avons aussi analysé "du dedans". C'est pourquoi tous les démonstratifs (qu'ils soient pronoms, adjetifs ou adverbes) sont étudiés à la même place, et tous les interrogatifs sont également groupés ensemble. Nous n'avons pas voulu séparer des éléments dont en basque les origines et la syntaxe sont communes.

Enfin nous avons cherché à être pratique. D'où le soin apporté aus paradigmes de la conjugaison ou de la déclinaison, le chapitre de la construction basque au seuil même de la grammaire, l'emploi des formes signalé aussitôt après leur mode de formation, la présentation du verbe en vue de la version et puis duthème, enfin les tables analytiques à la fin du volume.

Cette grammaire, comme toutes les autres, est tributaire de celles qui l'ont précédée: elle doit beaucoup à Oihenart, Larramendi, Lécluse, Darrigol, Van Eys, Inchauspe, Duvoisin, Gèze, Vinson, Schuchardt, Ithurry, Gavel, Lacombe, Azkue, Elizalde, Campion, Altube, Ormaetxea, Zamarripa, Echaide, Bouda, et quelques autres. Avouons aussi que la lecture de nombreux travaux concernant soit la linguistique générale, soit en particulier le latin, le grec, l'allemand, le français, l'espagnol, le gascon, le béarnais, nous a fourni des suggestions, des cadres, des formules: nous nous sommes inspiré souvent de Riemann, Meillet, Vendryes, F.Brunot, Ragon, Croiset et Petit Jean, Maquet, Crouzet, Jolivald et Poulmaire, Chérel, T.Navarro, Menendez-Pidal et de la Grammaire Larousse du XXe siècle.

Nous remercions vivement M. l'abbé J.-P. Harriet d'avoir, de sa belle écriture, preparé pour l'imprimerie une copie impeccable de notre manuscrit: son travailde patience et de bon goût nous a fait gagner plusieurs mois. Nous dirons aussi notre reconnaissance à MM. les abbés Lassalle et Aranart, qui ont bien voulu relire les épreuves de cet ouvrage.

Au moment de livrer ces pages au public, nous sommes tenté, unefois de plus, de les reprendre, pour le revoir. Mais puisque nous y avons déjà longuement travaillé et que l'imperfection fait partie de toute oeuvre humaine, laissons-les s'envoler vers leur destin. Si, telle quelle, cette Grammaire peut rendre service aux jeunes auteurs, nous en serons très heureux; mais nos voeux seraient accomplis, si elle aidait les Maîtres â mieux enseigner à nos enfants leur langue maternelle, et le Clergé qui monte à distribuer plus dignement, plus efficacement, aux Basques, en basque, la Parole de Dieu.

Pierre LAFITTE. 

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